I.
Présentation
Paul, saint (v. 5-65 apr. J.-C.), premier missionnaire
du christianisme auprès des païens et son premier théologien, appelé l'apôtre
des Gentils.
II.
Sa vie
A.
Education
Né dans une famille juive très pieuse à Tarse
(aujourd'hui en Turquie), Paul fut prénommé Saül, du nom de l'ancien roi
hébreu. Il fut circoncis le huitième jour, comme l'exige la loi juive (Torah) et son éducation fut en tous
points conformes à l'interprétation pharisienne de la loi. Jeune juif de la
Diaspora (la dispersion des juifs dans le monde gréco-romain), Saül adopta le
prénom grec de Paul, dont la sonorité est identique à celle de son prénom juif
d'origine.
Les Épîtres de Paul reflètent une grande connaissance
de l'art de la rhétorique grecque, apprise sans doute durant sa jeunesse à
Tarse. Son raisonnement montre aussi qu'il fut formé dans la plus pure
tradition de la loi juive, en vue de devenir rabbin, peut-être auprès du grand
maître Gamaliel à Jérusalem. Selon ses propres dires (Épître aux Galates,
I, 14 ; Épître aux Philippiens, III, 6), il avait une parfaite
connaissance de la loi juive, qu'il respecta strictement, et son zèle le
conduisit à persécuter l'Église naissante des chrétiens, qu'il considérait
comme une secte juive dissidente qu'il fallait éliminer (Épître aux Galates,
I, 13). Il est décrit dans les Actes des Apôtres comme un témoin complice
de la lapidation de saint Étienne, le premier martyr chrétien.
B.
L’appel de Dieu
Paul se convertit au christianisme après avoir eu une
vision du Christ sur la route qui le menait de Jérusalem à Damas (Actes des
Apôtres, IX, 1-19 ; XXII, 5-16 ; XXVI, 12-18). Il
n'utilise pas, pour qualifier son expérience, le terme de
« conversion », qui exprime l'idée d'un changement de religion ;
il considère que la révélation de Jésus-Christ est l'accomplissement de la
religion juive. Il parlera plutôt de l'« appel » que Dieu lui a
adressé et d'une révélation de Jésus-Christ. Il considère cet appel à devenir
chrétien comme inséparable de l'appel à porter la parole aux Gentils. Il
reconnaît la légitimité de l'évangélisation des juifs entreprise par Pierre,
mais il est convaincu que le christianisme s'adresse à toutes les nations de la
terre (les juifs et les païens) et que le message de Dieu doit se propager
indépendamment de la référence à la loi juive.
C.
Les voyages
Selon le récit des Actes des Apôtres, Paul entreprit
trois voyages missionnaires aux itinéraires bien précis. Les Épîtres révèlent
que l'apôtre fut guidé dans ses voyages par trois préoccupations
majeures : le souci du missionnaire de porter la bonne parole dans les
régions non encore évangélisées — d'où son projet d'aller vers l'ouest
aussi loin que l'Espagne (Épître aux Romains, I, 14 ; XV, 24 et
28) —, le souci du pasteur de visiter les communautés qu'il a fondées pour
régler certains problèmes et affermir les croyants dans la foi — comme par
exemple la communauté de Corinthe, qu'il visita plusieurs fois —, le souci
de collecter des fonds dans ces communautés chrétiennes d'origine non-juive
pour les remettre en mains propres aux chrétiens de Jérusalem, d'origine juive.
Bien que la raison profonde de cette dernière démarche ne soit pas évidente
pour les exégètes, il est clair que Paul chercha d'abord à créer des liens
entre les églises des chrétiens d'origine non-juive issues de ses missions et
les chrétiens d'origine juive de Palestine.
D. Mort
D'après le récit des Actes des Apôtres, Paul fut arrêté
à Jérusalem après des émeutes déclenchées par ses adversaires juifs, puis
conduit à Rome ; il évoqua alors, selon les mêmes sources, l'éventualité
de sa mort (Actes des Apôtres, XX, 24 et 38). Il fut exécuté à Rome vers
65 apr. J.-C. Dans l'Église catholique, sa fête est le 29 juin
(saint Pierre et saint Paul). Sa « conversion » est fêtée le
25 janvier.
Le Nouveau Testament (voir
Bible) comprend treize Épîtres attribuées à Paul, dont sept sont
certainement de lui : la 1re épître aux Thessaloniciens,
l'Épître aux Galates, les 1re et 2e épîtres aux
Corinthiens, l'Épître aux Romains, l'Épître aux Philippiens, et l'Épître à
Philémon, et trois font l'objet de controverses : la 2e épître
aux Thessaloniciens, l'Épître aux Colossiens et l'Épître aux Éphésiens. Paul y
évoque son expérience personnelle et son travail ; les chercheurs les
considèrent donc comme la source principale d'informations sur sa vie et se
servent des Actes des Apôtres (écrits plus tard) comme d'une source
supplémentaire.
3. Théologie
Toutes les tentatives faites à ce jour pour résumer la pensée de
Paul se sont heurtées à des obstacles, dus en particulier au fait que chacune
de ses Épitres est un écrit de circonstance, adressé à une communauté
particulière et écrit en fonction de certains événements. On ne trouvera pas,
même dans l'Épître aux Romains, la plus systématique de toutes, d'exposé
complet de la théologie de Paul. Certains thèmes sont répétés de façon
suffisamment fréquente, ce qui permet de dire qu'ils constituent le cœur de sa
pensée.
A.
La loi et la foi
La révélation de Jésus ressuscité est le centre de la vie et
de la théologie de Paul. Jusqu'alors, il avait cherché le salut par la pratique
de la loi. Il pensait que ses « œuvres » le rendaient juste devant
Dieu. Pour saint Paul, seul le Christ rend l'homme juste. C'est par la foi en
Christ que l'homme peut échapper au péché (Épître aux Romains,
III, 21-26). En effet, de lui-même, l'homme ne parvient pas à accomplir
toute la loi. La loi était un guide juste et saint avant la venue du Christ,
mais cette venue l'a rendue insuffisante (Épître aux Romains, VI, 7-13).
C'est en croyant au Christ et en recevant de lui l'Esprit-Saint que l'homme est
sauvé et justifié. Cela ne veut pas dire qu'il suffit de croire et que l'on
peut se conduire de n'importe quelle façon. Si l'on croit, on essaie de vivre
en conséquence de sa foi, en mettant l'amour au centre de sa vie (1re épître
aux Corinthiens, XIII). Mais alors on n'agit pas pour être sauvé, mais parce
qu'on a été sauvé et grâce à la force de l'Esprit-Saint.
B. Le Christ
Paul n'a pas connu Jésus durant sa vie terrestre et ne
fait guère de référence à celle-ci. La croix (Voir aussi crucifixion) du Christ est pour lui le moyen du salut
et la clef de la foi chrétienne. Le langage de l'Évangile, c'est le langage de
la croix, qui révèle une puissance et une sagesse de Dieu supérieures à la
puissance de l'homme (1re épître aux Corinthiens, I, 17).
Sur la croix, le Christ prend et enlève les péchés des hommes, il donne sa vie
par amour pour les hommes. Dieu, en le ressuscitant, pardonne aux hommes et
leur donne une vie nouvelle en leur donnant l'Esprit-Saint. Paul développe une
vision du baptême chrétien comme plongée dans la mort du Christ pour revivre
avec lui. Le chrétien est déjà passé de la mort à la vie, du péché au salut.
C. L’église
« Pourquoi me persécutes-tu ? », demande Jésus à
Paul qui persécute des chrétiens… Paul perçoit là l'union intime entre Jésus et
ses disciples. Ils forment un seul corps, l'Église, dont le Christ est la tête.
Ce corps est comparé au corps humain, qui est composé de plusieurs membres.
Ainsi, dans l'Église, il y a des fonctions diverses, dont la première est celle
d'apôtre. Paul s'affirme apôtre avec vigueur, bien qu'il n'ait pas fait partie
des douze apôtres primitifs. En effet, il considère qu'il a reçu un appel
particulier du Christ ressuscité pour annoncer l'Évangile aux nations païennes.
Paul joua effectivement un rôle considérable dans l'extension du christianisme,
car il fut le premier à se tourner systématiquement vers les non-juifs, alors
que les autres apôtres s'adressèrent surtout aux juifs. C'est en grande partie
à lui qu'on doit la séparation rapide entre une Église composée surtout de
non-juifs et la religion juive.
D. Vision de l’homme
La pensée de Paul la plus mal interprétée fut
certainement celle qui concerne sa conception de ce qu'il appelle la chair et l'esprit (Épître aux Galates, V). Ce ne sont pas là des termes qui
désignent des parties constituantes de l'homme. Paul les envisage comme des
sphères d'influence conflictuelles. Il appelle chair l'homme en tant qu'il est
soumis au péché. Au contraire, l'homme spirituel est l'homme qui vit de
l'Esprit-Saint qui lui a été donné par le Christ. Cet Esprit-Saint lui permet
de transformer sa vie par les dons de l'amour, de la paix, de la joie et ainsi
d'échapper au péché. La solution au mal ne se trouve donc pas dans
l'application d'un code moral, et si saint Paul donne des conseils aux
chrétiens sur leur vie quotidienne, c'est pour leur dire de vivre sous
l'influence de l'Esprit-Saint et non sous l'influence de la chair.
E. Influence
L'influence de Paul n'a pas toujours été prépondérante dans
la pensée chrétienne, d'autres théologies (celles de saint Jean ou de saint
Matthieu) s'étant opposées à la sienne dès l'origine. Clément d'Alexandrie
élabora l'interprétation spirituelle des Écritures à partir de son opposition
entre la lettre et l'esprit. Saint Augustin et Luther s'appuyèrent sur sa
conception de la foi et de la grâce. L'exégèse moderne du XXe siècle permit de
redécouvrir les Épîtres de Paul, grâce à une meilleure connaissance du judaïsme
rabbinique dont il était issu et des communautés auxquelles il s'adressait.

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